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LE REVE MANQUEE D’UNE INDE FRANCAISE

Saviez-vous que toute l’Inde aurait pu devenir française ? Le 30 juin 1752, il y a 250 ans, les troupes de Dupleix (1696-1763), gouverneur général de la Compagnie des Indes, qui tiennent pratiquement tout le sud, y compris Madras, entrent à Aurangadad au centre de l’Inde: le riche Bengale est à la portée des Français. Hélas, Dupleix sera lâché par Louis XV et il ne nous restera plus que cinq petits comptoirs – Mahé, Yanaon, Chandernagor, Karikal, Pondichery – auxquels le gouvernement indien a accordé le statut de « Union territory », avec certains privilèges, dont celui d’une importante présence culturelle française.

Bien sûr, de ces cinq anciens comptoirs, seul Pondichery vaut vraiment le détour aujourd’hui. Que raconter de Pondichéry ? On pourrait vous dire : Pondichery, c’est une petite enclave de la France tout au bout du monde, avec ses belles maisons coloniales, ses policiers à képi français (des années 50), ses rues à nom bien Français – rue Dumas, rue Suffren, impasse du Corps de Garde – son lycée français, ses retraités qui jouent aux boules dans la cour de l’Eglise … On pourrait vous dire: Pondichéry, c’est un petit morceau de paradis sur terre, avec ses plages vierges de monde, sa ville ‘blanche’ endormie comme il y a 200 ans, ses terrains de tennis en terre battue devant la statue de Jeanne d’Arc, son Cours Chabrol où on déambule le soir alors que l’Océan Indien se brise inlassablement sur la plage… On pourrait vous dire…

On pourrait vous dire beaucoup de choses – et on aurait pas tout à fait tort, parce que Pondichery c’est encore un peu tout cela… Et pourtant, on ne vous dirait pas tout ! Car la vérité c’est qu’à Pondichery, la France fout un peu plus le camp chaque jour face à cette catastrophe sociale, esthétique et écologique qu’est la surpopulation de l’Inde. “Une à une, toutes nos belles maisons françaises sont rasées pour faire place à de laids cubes en ciment que les Indiens osent appeler des appartements”, fulmine un Français en poste. A Pondichery, on entend de moins en moins la langue de Molière : “il y a trente ans, les rickshwaws (conducteurs de tricycles) parlaient le Français; aujourd’hui, c’est tout juste s’il savent dire ‘B’jour M’sieur’ ”, s’exclame encore notre expatrié.

Il y a environ 70.000 Pondichériens à passeport français, qui sont les descendants des habitants de Pondichery qui choisirent de rester Français lors de la cession des territoires en 1956. Or le consulat français de Pondichery ne recense aujourd’hui que 7000 immatriculés résidant dans notre ancien comptoir – la plupart des retraités – soit seulement 10% de cette population, alors qu’il y en avait 15.000 en 1974. “Dans le temps, après leur bac, les jeunes s’engageaient volontaires dans l’armée française, puis prenaient leur retraite à 40 ans, une fois sergent-chef. Ils revenaient alors à Pondichery et y vivaient confortablement grâce à leurs pensions; mais aujourd’hui, ils restent en France”, reconnaît Claude Gomez, une Bretonne (de Domalin, près de Vitré la Garche), qui est secrétaire du Consul français de Pondichéry. La France reste donc toujours pour les Tamouls à passeport français, cet eldorado économique, ce statut social dont on rêve, même si on finit la plupart du temps dans une lointaine banlieue parisienne.

On peut donc se demander où se situe l’avenir de la francophonie à Pondichery et plus largement de la France en Inde? “C’est un paradoxe – et ce n’en est sans doute pas un – mais l’avenir de la France se trouve chez les Pondichériens qui regardent vers l’Inde tout en restant francophiles. Il y a par exemple le Dr Nallam, Président de l’Alliance Française de Pondichéry et chirurgien exemplaire qui possède sa propre clinique. Le Dr Nallam, qui vient de Yanaon, le moins connu de nos anciens comptoirs, a passé son bac à Pondichéry, fait ses études médicales en France et est revenu s’installer à Pondichery. Il parle parfaitement le Français, mais il est resté Indien – hindou même: “Pondichery, c’est une petite enclave de 700.000 âmes au milieu d’un vaste état de 55 millions de Tamouls, qui eux-mêmes font partie d’un sous-continent qui contient près d’un milliard d’habitants. L’ignorer est une absurdité”, insiste celui qui vient d’être décoré de l’Ordre National du Mérite.

Dans la belle cour ombragée du lycée Français de Pondichery, un des rares bâtiments, avec le Consulat de France, à avoir été sauvé de la cupidité des promoteurs, les professeurs sont plus diplomatiques: “cette année 90% de nos élèves de Terminale ont été reçus au Bac (qui a lieu ici fin avril avant la saison chaude); mais il n’en reste pas moins que c’est l’Anglais qui prime en Inde”. Alors, dès le bac obtenu, les élèves partent en France et ne reviennent ici que pour se marier (beau parti les Tamouls à passeport Français – qui obtiennent des dots considérables); et on demande aussitôt un passeport français pour la conjointe, qui souvent ne parle pas un mot de Français. “Même avec la loi Chevènement, il faut faire preuve d’assimilation et parler le Français; alors, le consulat de Pondichéry passe son temps à démêler le vrai du faux et à faire le gendarme”, reconnaît Claude Gomez.

ENCADRE : PONDICHERY PRATIQUE

Meilleure période pour se rendre à Pondichery : de fin novembre à fin mars (température de 23 à 30°). Vols Air France sur New Delhi ou Bombay (environ 1000 Euros), puis correspondances sur Indian Airlines ou Jet Airways pour Madras, aujourd’hui renommée Chennai (environ 150 Euros). Arrivés à Madras, vous pouvez soit louer un taxi pour Pondichery, (environ 30 Euros), soit prendre le bus (2 Euros).

Sur place, nous vous conseillons de loger chez Patricia Michel, qui propose de ravissantes petites chambres d’hôte (54, rue Romain Rolland, tel 335130. (46 Euros, petit déjeuner compris), ou alors à l’hôtel de l’Orient, un petit bijou d’ancienne maison pondichérienne meublée XVIIIème, avec une cour intérieure (230 Euros la chambre seule).

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