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Les castes

La caste est un groupe social hiérarchisé, endogame et héréditaire. En Inde le système de castes fut le mode d'organisation sociale traditionnelle en Inde (il l'a été aussi en Egypte antique). L'appartenance à l'une des quatre grandes castes (ou "varnas", signifiant couleur en sanskrit) est liée à la naissance :

• les brahmanes (prêtres),

• les kshatriyas ou kchatriyas (guerriers, administrateurs, princes, rois),

• les vaishyas ou vaiçyas (agriculteurs, commerçants, artisans, hommes d'affaires),

• les shudras ou çoudras (serviteur

La caste la plus médiatisée aujourd’hui est celle des intouchables ou Dalits,

Pendant longtemps, les Dalits sont considérés comme «impurs» par les castes supérieures. Si une personne de caste supérieure est touchée par un «intouchable», ou même si l’ombre d’un intouchable tombe sur elle, elle se considère comme «polluée» et doit en principe procéder à des rituels de purification. Cette notion d’impureté est une des «justifications» fondamentales des discriminations qui se perpétuent aujourd’hui. La loi les condamne… Elles continuent d’être scrupuleusement appliquées, évoluant avec la «modernité». Toute rébellion entraîne des mesures de rétorsion, incendies des villages Dalits, meurtres et viols…, par les gens de caste. Les mariages inter castes avec les Dalits sont fortement prohibés : transgresser cette interdiction provoque également, en milieu rural, les pires violences.

S’il est vrai que les castes jouent toujours un rôle important en Inde : on dit que 75% des mariages sont toujours ‘arrangés’ entre partenaires de même caste. S’il est vrai, surtout dans les campagnes, qu’il existe encore des abus intolérables entre castes – ce sont souvent d’ailleurs – des querelles d’une basse caste à une plus basse caste/encore. S’il est vrai que certains Brahmanes continuent à s’estimer supérieurs aux intouchables. S’il est vrai que certains temples continuent à interdire l’entrée des parias dans le saint des saints… Il n’en reste pas moins qu’il existe parmi les indianistes une véritable obsession des castes qui semble fasciner et intriguer. (Si vous faites par exemple) uUne recherche sur Google vous amène à vous rendre compte, (vous vous rendrez compte) qu’il existe des milliers de thèses, recherches et livres sur les castes. Certains de ces ouvrages ???.

Le mot caste est une invention européenne : ce sont les portugais qui introduisirent ce mot, (voulant dire) signifiant ‘pur, non mélangé’. Mais au départ, les castes, représentaient un système social, qui définissait les différents métiers, un peu comme les corporations chez nous. D’ailleurs, le plus grand spécialiste français des castes, Georges Dumézil (1898-1986) a mis en lumière des structures identiques dans la mythologie et dans la religion des différents indo-européens, de même que dans leur structure sociale. Il a notamment comparé les faits romains, comme la liste des premiers rois de Rome, la triade pré-capitoline Jupiter-Mars-Qurinus, et ceux de l'Inde: le panthéon védique, les cinq frères du Mahabharata. Il a pu montrer que l'on retrouvait à Rome , comme en Inde, une séparation en trois fonctions précises et des relations particulières entre ces fonctions.

Pendant longtemps, les castes n’étaient pas héréditaires-citation sri aurobindo.

Les castes n’avaient pas la nature hiérarchique et esclavagiste que lui ont souvent donnée les historiens. Ainsi(R) dans le village hindou, la population se divisait entre, d’une part, la classe des paysans (caste des rayat) se partageant le droit exclusif à l’exploitation de terres et, d’autre part, la caste des gens de service (les baloutédar), possédant un droit héréditaire à telle ou telle portion des récoltes. Chaque caste était au service de la communauté. “Ainsi, écrit Guy Deleury, une famille de potiers de la classe des kumbhâr devait fournir aux familles de paysans qui étaient ses patrons tous les ustensiles ménagers dont celles-ci avaient besoin ; en contrepartie, à chaque récolte, elle avait le droit à sa part (de potier ?), quelque fût le nombre de pots, de cruches, ou de briques fournis depuis la dernière récolte. Il en allait de même pour le charpentier, le forgeron, le blanchisseur (qui appartenait à une caste plus basse que les précédents), etc.” (Indou 187). Le village (pouvait vivre) vivait en circuit fermé ; l’utilisation de l’argent n’y était pas nécessaire. Du coup, l’économie des villages hindous n’avait nul besoin de ces intermédiaires que l’on appela plus tard marchands, puisque que tous les produits de consommation allaient (sans intermédiaire) directement du producteur au consommateur. “Le secret de la continuité de la culture indienne, avance Deleury, ne peut qu’être attribué à la permanence de la structure villageoise et à son indépendance par rapport à la situation politique des royaumes ou des empires dont l’existence fut toujours brève et mouvementée” (Modèle 189).

Dans la société védique, les prêtres, faiseurs de sacrifice, étaient aussi poètes, occultistes et des sages : “yogis”. Ils n’avaient d’autres occupations que celles-là ; leurs fonctions n’étaient pas héréditaires comme elles le deviendront plus tard, mais dépendaient de leurs capacités spirituelles. Même lorsque les castes devinrent héréditaires(R), du roi jusqu’à l’intouchable, la prédominance des brahmanes ne résulta jamais dans l’établissement d’une théocratie, parce que les brahmanes, malgré leur autorité de plus en plus puissante, ne pouvaient /purent pas et ne voulurent pas usurper le pouvoir politique en Inde. Le Rishi, quant à lui, avait une place particulière dans la société indienne : issu des quatre castes, il était souvent le précepteur des princes et le conseiller du roi. Les historiens ont toujours présenté le brahmane comme “en haut” de la hiérarchie castéiste, donc la plus riche et la plus puissante. Or, d’après Guy Deleury, “hormis quelques cas, l’immense majorité de brahmanes n’avait pas (et n’a toujours pas) le privilège qu’on lui imagine. Dans l’ancien temps, le brahmane fait fondamentalement partie, comme le barbier, de la liste des prestataires de service, en tant que tel ?, et il se trouve souvent dans une dépendance économique totale des paysans, au même titre que le plus bas des intouchables” (Modèle 191). Le brahmane remplissait l’office de prêtre et le paysan venait à lui pour le sacrifice qui lui assurait bonnes récoltes et prospérité. En échange, le paysan lui remettait quelques légumes, le potier un ustensile de cuisine, et le cordonnier lui faisait des sandales. “Sans le pouvoir matériel pour le renforcer, le statut de caste des brahmanes n’avait que peu de conséquences sociales” note Guy Deleury.

Robert Deliège auteur de l'ouvrage Le Système des castes (PUF, 1993), estime que l’indianisme français a immortalisé une Inde engluée dans la caste qu'elle érigea en système. L'Homo Hierarchicus (1966), l'œuvre magistrale et érudite de Louis Dumont, constitue une sorte d'apothéose en la matière : l'Inde y est assimilée à une tradition immuable et l'idéologie du pur et de l'impur est considérée comme tellement prégnante qu'elle rend quasiment futile tout autre type de relation sociale. Ainsi Dumont reprend-il l'idée d'une continuité parfaite entre la grande tradition sanskrite et la réalité contemporaine. L'étude empirique de celle-ci ne devrait que confirmer l'importance de celle-là. En opposant l'« holisme » des « sociétés traditionnelles » à l'individualisme des « sociétés modernes », Dumont reprenait à son compte, en la réifiant, la coupure entre « eux » et « nous ». Selon Dumont enfin, la sphère politico-économique, normalement génératrice d'histoire, est ici demeurée subordonnée à la religion.

« Nous sommes aujourd'hui particulièrement mal à l'aise, ajoute-t-il, face à cette conception de la société et les recherches récentes tendent à montrer que la caste n'a jamais existé dans une telle idéalité. Il n'y a certainement pas « un » système qui soit universel et applicable à toutes les régions. De même, l'évolution de la société indienne, depuis maintenant plus d'un siècle, montre la très grande capacité de cette institution à s'adapter aux circonstances nouvelles, que ce soit le colonialisme, la modernisation de la société et de l'économie ou, bien sûr, la démocratie parlementaire à laquelle elle a non seulement résisté, mais qu'elle a su utiliser à son propre profit. que contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire à la lecture d'une certaine littérature, les castes indiennes ne sont en rien une institution archaïque et millénaire qui aurait survécu intacte jusqu'à nos jours. Loin d'être ainsi fossilisée depuis des temps immémoriaux, la caste est, au contraire, une institution moderne qui s'est remarquablement adaptée aux conditions changeantes que l'Inde a connues au cours du dernier siècle.

Robert Deliège remarque également que le seul critère qui garde quelque pertinence est celui de l'endogamie. L'obligation de se marier à l'intérieur de la caste demeure vivace et continue de caractériser la plupart des unions matrimoniales. Cependant, à ce niveau aussi, des changements importants ont eu lieu au cours des dernières décennies. Autrefois, en effet, chaque caste était divisée en de multiples sous-castes, qui étaient elles-mêmes endogames. Ces sous-castes ont aujourd'hui largement fusionné et les castes sont devenues des groupements beaucoup plus importants. Cette stratégie a été largement motivée par la politisation croissante de la caste qui joue désormais le rôle de lobby politique. On peut ainsi penser que leur nombre a diminué et continue de le faire. Ce phénomène de fusion est, sans aucun doute, caractéristique du processus de ce que l'on pourrait appeler l'ethnicisation de la caste, c'est-à-dire la constitution de blocs importants qui rivalisent les uns avec les autres pour avoir accès aux ressources politiques et économiques qu'offre, avec parcimonie, la société. Ces groupes ne sont plus préoccupés par des questions de pureté rituelle et ne se conçoivent pas nécessairement comme supérieurs ou inférieurs aux autres, pas plus qu'ils ne sont interdépendants les uns des autres. Les castes qui étaient autrefois considérées comme rituellement inférieures

Ceci n’empêche pas la dernière génération d’indianistes français de continuer à nous seriner les oreillesdes castes indiennes et de leur immuabilité. Leur chef de file, Christophe Jaffrelot en a même fait un pensum : « La Révolution silencieuse de l'Inde : L'éveil des basses castes dans la politique en Inde du nord », qui veut nous faire coire que l'Inde est un cas extrême de démocratie politique sans démocratie sociale (ce qui veut dire que l’Inde est une fausse démocratie)

Ce livre a été plutôt mal accueilli en Inde Chandan Mitra, par exemple, sénateur et rédacteur en chef du journal quotidien The Pioneer, écrit : « en tentant de saisir les problèmes politiques des basses castes du Nord de l'Inde, Christophe Jaffrelot réalise une volumineuse erreur. Le principal problème de Jaffrelot, c'est qu'il mélange Soudras et Chandals, et pratique un amalgame en les faisant entrer ensemble dans la catégorie des « basses castes ». l'ouvrage de Jaffrelot souffre de sérieuses imperfections méthodologiques., continue-t-il, il semble attaché à des notions des années 60 et 70, paradigmes qui ont été emportés dans les toilettes par la chasse d'eau des bouleversements électoraux qui ont secoué l'Inde depuis 1989.

L’Inde est en train, malheureusement, de s’urbaniser à grande vitesse. Les distinctions entre castes tentent non seulement de s’estomper dans les cinq métropoles, mais aussi dans les villes qui dépassent le million d’habitants. On est en train de revenir doucement vers les distinctions de corps de métier, qui en eux-mêmes constituent des castes. Il (est) devient difficile, même pour un œil averti, de discerner dans un train, un hôtel ou dans un stade, quel est le Brahmane et quel est l’intouchable. De plus, le gouvernement indien a depuis 1947 promu un remarquable programme privilégiant les basses castes : cela va du riz et du sucre subventionnés à quelques centimes, aux quotas dans les universités pour intouchables et les basses castes, et jusqu’à la réservation de 40% de postes dans la fonction publique. Depuis une trentaine d’années, on trouve alors des hommes et femmes aux plus hauts postes : chief minister de grands états, patrons de multinationales, ou même président de l’Inde, comme Mr Naranayan qui se rendit à Paris en 1999.

Cette politique gouvernementale en faveur des castes défavorisées a même produit un retour de manivelle pour certaines hautes castes, (ce dont on ne parle jamais) ce que l’on n’évoque jamais : ce sont les brahmanes en particulier qui ont le plus souffert. Au Tamil Nadu par exemple, la politique dravidienne anti-brahmane du leader politique Anna dans les années soixante provoqua un exode massif des brahmanes tamouls qui constituaient jusqu’alors la classe intellectuelle (du Tamil Nadu) de cet état. C’est pour cela que l’on retrouve aujourd’hui ces tamouls brahmanes/brahmanes tamouls aux plus hauts postes, non seulement à Delhi, mais aussi partout dans le monde. Paradoxe et peut-être Karma, les brahmanes sont devenus une classe défavorisée. Pour eux, il n’existe aucun quota, aucun poste gouvernemental et on les retrouve aujourd’hui coolis à la gare de New Delhi, tireurs de rickshaw à Patna (tableau) et ce sont même des brahmanes qui nettoient les toilettes publiques (saulabh) dans certaines grandes villes du nord dont la capitale (Delhi).

Ce sont les prêtres des temples hindous qui souffrent le plus. Il faut savoir que le gouvernement indien a nationalisé la plupart (des temples hindous) de ces édifices et que les prêtres sont payés des salaires gouvernementaux, soit en moyenne 20 à 30 euros par mois, une misère dans l’Inde d’aujourd’hui quand on a une famille à nourrir.

Enfin, il faut rappeler qu’il y avait un million de brahmanes en 1900 dans la vallée du Cachemire et qu’aujourd’hui, ils sont devenus des réfugiés dans leur propre pays, chassés par les militants islamistes soutenus par le Pakistan, et ce, dans l’indifférence générale.

s’il est indéniable que les castes continuent à jouer un rôle indéniable, -rôle qui n’est pas toujours négatif-, le cliché que nos spécialistes en ont fait, pourrait être un des facteurs qui nous empêche de jeter un regard plus positif sur l’Inde d’aujourd’hui.

La France est-elle aussi un pays de castes fermées et moyen-âgeuses? Chaban-Delmas en avait identifié dès 1969: celui des castes en France que même Mitterrand n’était pas parvenu à réduire. Car la France est un pays de castes;. Derrière un sincère esprit d’ouverture, le pays reste sclérosé par des appartenances simultanées où chacun dépend de 2 voire 3 castes chacun en moyenne: les Bretons, les Corses, les Basques, Les Corréziens, Les Parisiens, les banlieusards, les blancs, les noirs, les beurs, la droite, la gauche, les bourgeois, les ouvriers, les agriculteurs, les éleveurs, les aristocrates…

Réfléchission avant de jeter la pierre à l’Inde

Voir dumezil – jaffrelot


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