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La méditation Vipassana

C’est le deuxième endroit le plus humide de l’Inde : entre avril et septembre il y pleut pratiquement sans arrêt et le parapluie est un must. Au bout de quelques jours, si vous portez des ‘chapals’ (nu-pied), des champignons vous poussent entre les doigts de pieds et des rides apparaissent sur la peau de vos mains.

Nous sommes à Igatpuri, dans les collines du Maharashtra, au dessus de Bombay.

C’est ici que se situe le centre international de la Vipassana, une très ancienne technique de méditation védique (des védas) qui a été reprise par les Bouddhistes dans les traditions Hinayana, Mahayana et Vajrayana. On dit même que le Bouddha lui –même l’aurait enseigné à tous ses disciples. Quoi qu’il en soit, lorsque le Bouddhisme fut pratiquement éradiqué de l’Inde lors des invasions musulmanes, la Vipassana, qui signifie ‘vision profonde’ en langue pali, trouva refuge en Birmanie, aujourd’hui Myanmar . Elle fut redécouverte par Monsieur Goenka, un birman d’origine indienne, qui l’a ramena avec lui en Inde dans les années 50. Il commença à l’enseigner à Bombay et lorsque le nombre des adeptes augmenta, fonda le centre Vipassana international d’Igatpuri.

Quatre heures du matin. Un gong vous réveille en sursaut et quelque peu hébété, vous vous dirigez sous le pluie battante en compagnie de centaine d’autres hommes vers la pagode centrale où vous vous déchaussez pour vous asseoir à la place qui vous a été réservé et que vous devrez garder tout au long des dix jours de méditation. Vous allez méditer dix heures par jour, assis par terre avec un seul coussin, sans appui dorsal et on va vous demander les quatre premiers jours d’observer la friction de votre respiration sur les parois intérieures de vos narines (Anapana). Cela peut paraître simple, mais essayez donc : au bout de quelques allées et venues, une pensée vous vient à l’esprit ; vous retournez à la perception de votre respiration mais immédiatement une autre pensée vous dérange – et cela dix fois, vingt fois, cinquante fois, jusqu’à ce que vous compreniez que ce n’est pas vous qui êtes maître de vos pensées mais que vous subissez le contrôle de votre mental. Certains ont même du mal à percevoir dans leurs narines le flots de leur respiration et on leur demande de mettre un doigt sous leurs narines afin qu’ils ressentent le souffle de l’expiration. Les premiers jours sont difficiles, surtout pour ceux qui n’ont pas l’habitude de rester assis les jambes croisées pendant des heures d’affilées. Ensuite, il y a le silence : pendant dix jours, non seulement il est interdit de parler à qui que ce soit sauf aux professeurs s’ils vous adressent une question, mais on déconseille même de croiser les regards ou de regarder ce qui se passe autour de vous afin de préserver la concentration sur votre respiration. C’est d’ailleurs carrément une vie monastique : vous aurez le droit à une toute petite chambre des plus spartiates avec un matelas plutôt dur pour dormir, et on vous allouera le cinquième jour un minuscule cellule pour y méditer où vous vous retrouverez seule entre quatre murs. Puis il y a la nourriture, pas de dîner, car paraît-il, on médite mieux avec un estomac vide- seulement un petit déjeuner à six heure trente le matin et un déjeuner assez copieux à midi. Plus rien après – pour certains ceux-ci est difficile. La journée est donc rythmées par les méditation : une première à jeun de quatre heures et demi à six heures et demi, puis sept heures et demi à neuf heures et demi, neuf heures trente cinq, onze heure et demi, ensuite treize heures quinze heures, seize heures à dix huit heures puis on regarde une vidéo de Goenka qui explique les différentes étapes et difficultés de la Vipassana. La dernière méditation est entre dix neuf heures trente et vingt heures trente et à vingt et une heures vous devez être au lit, toutes lumières éteintes. Dans le temps, on confisquait à votre arrivée votre téléphone portable bien sûr mais aussi tout livre, cahier, stylo et même objet religieux car la Vipassana revendique une certaine laïcité. Ceci a pourtant une raison : le ralentissement de vos activités mentales afin que vous puissiez avoir une vision juste de vous même. En effet, à partir du troisième jour, vous allez remarquer qu’il vous devient plus facile de rester branché sur la perception de votre souffle dans les narines, que vos pensées s’espacent et qu’il vous vient, par moment un sentiment de bien être, de maitrise et de très grande lucidité.

Cependant, ne vous y méprenez pas, la Vipassana est un dur apprentissage car sans que l’on puisse s’expliquer pourquoi elle constitue une véritable psychothérapie naturelle, en effet, sans que vous n’y puissiez rien, par le seul effet de l’observation de votre respiration il vous remonte des pans difficiles de votre enfance ou des angoisses que vous pensiez avoir oublier ou même encore des évènements qui ont eu des retombés que vous ne soupçonné pas dans votre fort intérieur.

Cependant, à partir du moment où Goenka remena la Vipassana en Inde, ce mouvement a connu une croissance phénoménale. Il existe en Inde plus de 250 centres de Vipassana, généralement situés en dehors des villes et dans un cadre champêtre afin que la loi du silence ne soit pas dérangée, cela de Pondichérry jusque dans les hymalayas . Il y a de nombreux Centres en Inde et ailleurs en Asie ; dix centres en Amérique du Nord ; trois centres en Amérique latine ; huit centres en Europe ; sept centres enAustralie/Nouvelle-Zélande ; un centre au Moyen-Orient et un centre en Afrique. Chaque année plus de 10 millions d’êtres humains pratiquent des cours de Vipassana.

Vous vous étiez bien installé dans l’observation de votre respiration qui vous vient maintenant naturellement mais boum le cinquième jour, on vous demande de changer de technique et d’observer maintenant les sensations dans votre corps de la tête aux pieds et des pieds à la tête. Cette technique qui s’appelle … est moins facile à pratiquer que l’anapana, et on vous demande de ne pas être affecté par les sensations que vous observez, afin de cultiver l’égalité d’âme.

Le dixième jour, vous allez retourner au monde, c’est une experience toujours assez difficile, surtout si vous vivez dans une grande ville : les bruits, les klaxons, les paroles des gens meme constituent un assaut à tout votre être qui a vécu dans le silence et l’observation de soi-même pendant 10 jours, la Vipassana reste une extraodianire technique que j’ai moi meme eu le privilege de pratiquer plus de 25 fois en Inde. Et à chaque fois, sans faille, malgré les difficulties et les souvenirs qui remontent, à un moment ou à un autre lors du cours de 10 cours on emerge, la tête haute avec une perception du monde et de soi-même, une intuition et une comprehension absolument formidable. Mais le paradoxe de la meditation Vipassna c’est qu’il faut vivre comme un moine, hors du monde et pratiquer cette technique ardue deux heures par jour, ce qui n’est pas du tout évident dans le monde d’aujourd’hui. J’ai donc essayé après chaque cours de partir vers un lieu tranquille propice à la meditation – mais le retour au monde s’est toujours avéré difficile.

Les hommes et les femmes sont séparés par un rideau comme le veut la ‘purdah’ (pratique d’origine musulmane qui empêche les homme de voir les femmes)…


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