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INDES : DROIT DE RÉPONSE PAR FRANÇOIS GAUTIER

Le Monde a publié dans sa page Débats & Opinion de l’édition du 7 septembre du Journal Le Monde, un article qui m’attaque personnellement.

Dans ce papier, qui est supposé être une critique du livre que je viens de publier aux Editions de l’Archipel (Nouvelle Histoire de l’Inde), Julien Bouissou, correspondant du Monde en Inde, me traite par exemple ‘d’extrémiste hindou’, ou sous-entendant que je suis islamophobe. Il n’a sans doute pas lu le livre, ou l’a parcouru en diagonale, car à aucun moment il ne fait mention du fait qu’il est parfaitement référencé et que sa bibliographie est impeccable.

Hormis le fait que je suis Français, catholique de naissance et d’éducation et que je pratique pas la religion hindoue, la question se pose : l’extrémisme hindou existe-t-il ? Historiquement les hindous on constitué une des religions les plus paisibles au monde, qui par exemple n’a jamais envahi un autre pays pour s’imposer, contrairement à l’islam et la chrétienté. Bien au contraire, l’influence hindoue que l’on retrouve à l’Est, à Angkor Vat, par exemple, une des septièmes merveilles du monde, ou bien dans la philosophie grecque, comme l’ont remarqué de nombreux historiens tels Alain Daniélou ou René Guenon, s’en est allée toujours allée pacifiquement.

Plus encore, les hindous ont donné au cours des âges refuge à toutes les minorités religieuses persécutées dans le monde : saviez-vous que les chrétiens de Syrie ont ainsi pu trouver asile au Kerala il y a plus de mille ans ; que l’Inde est le seul pays au monde où les Juifs n’aient jamais été persécutés ; que les adorateurs de Zarathoustra chassés d’Iran, ou les disciples de l’Agha Khan, (que l’on appelle Amadhis en Inde) souvent persécutés par les sunnites, vivent aujourd’hui en Inde, tout comme les Tibétains plus récemment - et que tous ces gens pratiquent toujours librement leur religion là-bas et ont pu prospérer en paix ?

Cette tolérance hindoue, dont les racines plongent très loin - dans leurs textes sacrés, telle la Bhagavad Gita, par exemple, qui enseigne que Dieu est Un, mais qu’Il ou Elle se manifeste à différentes époques, sous différents noms, en utilisant différentes Ecritures – d’où l’acceptation de ‘l’Autre’ par les hindous – a souvent été à sens unique. Comme l’a remarqué l’historien américain Will Durant, « l’impact de l’Islam en Inde fut cataclysmique ». Car pour les envahisseurs musulmans, l’hindouisme, avec ses milliers de dieux, ses statues, ses temples regorgeant d’or et de pierres précieuses, représentait ‘l’infidélité’ par excellence. On compte donc par millions les hindous passés au fil de l ‘épée pour avoir refusé de se convertir. Le Turc Tamerlan, plus connu chez nous sous le nom de Timour le Boiteux) fit par exemple décapiter à Delhi le 12 septembre 1398, cent mille hindous en un seul jour, en fit une pyramide de têtes – et s’en vanta longtemps. A l’indépendance même en 1947, les musulmans exigèrent un état séparé, qu’il appelèrent le ‘Pays des Purs’ (Pakistan) et massacrèrent avant de partir des milliers d’hindous, ce qui provoqua une violente réaction des Sikhs qui rendirent la pareille aux musulmans. L’ombre du Pakistan pèse aujourd’hui non seulement sur l’Inde, qui en subit les assauts au Cachemire, mais aussi sur le monde, car le Pakistan est le plus grand exportateur de terrorisme islamique.

Le premier leader de l’Inde indépendante, Jawaharlal Nehru, conscient qu’une partie des musulmans, sachant qu’il auraient toujours liberté de culte et d’expression en Inde, avaient choisi d’y rester (l’Inde a la deuxième population musulmane au monde, après l’Indonésie), s’appliqua à gommer des livres d’histoire toute allusion aux meurtrières invasions musulmanes et encouragea plusieurs générations d’écrivains et d’historiens, qui s’inspiraient du Marxisme soviétique, à dénigrer la culture et la spiritualité hindoue, qui a pourtant donné au monde le yoga, l’Ayurveda, les échecs, le sanskrit ou le concept du zéro.

Bien sûr, dès que l’on s’avise à toucher à ces pans d’histoire cachée, on est traité d’islamophobe, ou alors, si on défend les hindous, on hérite de l’étiquette ‘d’extrémiste hindou’ ! Il est intéressant de noter ici que l’Occident défend en ce moment même (de bonne foi) la minorité musulmane rohingya de Birmanie – même si on ne peut pas trouver plus pacifique qu’un bouddhiste aujourd’hui - alors que les 350.000 hindous de la Vallée du Cachemire, qui furent chassés par les musulmans de leurs maisons et terres ancestrales à la fin des années 90 et sont devenus encore aujourd’hui des réfugiés dans leur propre pays, n’ont pas le droit à la même considération.

Il était nécessaire de sortir une nouvelle histoire de l’Inde, histoire qui a été principalement écrite par les Anglais lorsqu’ils étaient les maîtres de l’Inde et qui avaient tendance à montrer que l’histoire de l’Inde n’était ni ancienne, ni très glorieuse. C’est ce que j’ai fait.

Par François Gautier, ancien correspondant du Figaro en Inde ;

Auteur d’une « Nouvelle Histoire de l’Inde » Editions de l’Archipel, septembre 2017)


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