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Comment Emmanuel Macron peut-il améliorer les relations avec l’Inde ?

Sans aucun doute, l’Inde s’est réjouie de la réélection d'Emmanuel Macron: l'intelligentsia et la presse indiennes se méfient de Mme Le Pen, sachant qu’elle privilège une France pour les Français, et des emplois qui iraient aux Français - et non pas aux étrangers. Ceci est cependant un phénomène universel: les États-Unis ont eux-mêmes restreint le quota des visas alloués aux informaticiens indiens.

Depuis François Mitterrand, on entend sans cesse parler d’un « partenariat stratégique indo-français » ainsi que d'une « éternelle amitié indo-française ». Lorsque Narendra Modi se rendra à Paris le 2 mai pour rencontrer son « ami » Emmanuel Macron, on terminera incontestablement cette visite par un communiqué chaleureux et positif. Mais cette énième rencontre officielle d’un Premier ministre indien et d’un Président français donnera-t-elle des résultats tangibles et significatifs ? On n’en est pas sûr. Sans doute, M. Macron évoquera-t-il l’éternel soutien de la France à l'admission de l'Inde au Conseil de sécurité des Nations unies, mais c'est une promesse vide de sens, car la France sait pertinemment que la Chine - qui a droit de veto, étant l'un des Cinq membres - s'y opposera une fois de plus …

Pourtant, il existe de nombreux autres domaines où l'Inde aurait besoin d’un soutien réel et sincère de la part des français. Au Cachemire par exempl : la France n'a jamais reconnu la suzeraineté légitime de l'Inde sur la totalité du Cachemire, qui a toujours fait partie, géographiquement, culturellement et spirituellement, de sa sphère d’influence. Nous avons accepté que la Chine se saisisse par la force du Tubet et revendique, à juste titre ou non, Hong Kong, puis aujourd’hui Taïwan … et l’Inde ne nous a jamais contesté notre droit sur la Corse. Pourquoi donc n'accorderions-nous pas aux Indiens leur droit constitutionnel sur le Cachemire? Ceci nous démarquerait des États-Unis et du reste de l’Europe, et nous gagnerions ainsi la reconnaissance éternelle des Indiens. Il serait également important que nous nous dissocions du Pakistan, un pays souvent sous dictature, et qui a exporté le terrorisme islamique de par le monde. Nous devrions par ailleurs cesser de leur vendre des armes - et ainsi, nous dissocier, encore une fois, des Américains, qui ont toujours considéré que le Pakistan, de par un islamisme soit-disant modéré, constitue un allié privilégié en Asie du sud.

Le deuxième domaine où M. Macron pourrait faire de plus grands efforts, c'est l'économie. La France, quoi qu'en dise le Quai d'Orsay, continue d'investir dix fois plus en Chine qu'en Inde. Sans aucun doute, il est plus facile de faire des affaires en Chine, celle-ci étant une dictature, où, sous la contrainte, on peut relocaliser en quelques jours des millions de personnes, afin de construire un barrage ou une autoroute. Il est vrai également, qu’il est plus difficile d’investir en Inde, étant donné sa bureaucratie, une certaine corruption qui perdure, ainsi que des règles bancaires et de visas, qui sont obsolètes, et ont besoin d'être réformées. Mais l'Inde étant une démocratie, un peuple qui aime l'Occident, s’y est intégré partout où il s’est exporté, parle l’anglais, possède un système juridique stable, n’est-elle pas à la longue un bien meilleur terrain d’investissement français? En tous les cas, replaçons une partie des jetons que nous avons misés sur la Chine, un pays bien plus volatile, qui tôt ou tard fera face à des révoltes internes, lorsque la soupape de fer sera levée, pour une raison ou pour une autre.

Le troisième domaine où la France pourrait améliorer son soutien à l’Inde, c’est la Défense. Il est inutile de parler de partenariat stratégique, quand tout le monde sait que l'ambition de la Chine c’est de dominer le monde, non seulement économiquement, mais aussi militairement et même d’un point de vue nucléaire. Les Chinois, qui se sont déjà saisis du Tibet, autrefois tampon pacifique entre les deux Géants d’Asie, où ils ont placé des ogives nucléaires pointés vers l’Inde et les États-Unis, revendiquent encore d’énormes territoires indiens, comme l’état du nord-est de l'Arunachal Pradesh. L'Inde est la SEULE nation qui soit suffisamment forte et proche géographiquement de la Chine, pour faire face, de par son importante armée et son arsenal nucléaire, à l'hégémonie chinoise. Emmanuel Macron, plutôt que de fournir des moteurs d'avions et des sous-marins à hélice aux Indiens - devrait leur vendre À CRÉDIT des avions Rafale, ainsi que des sous-marins nucléaires, pour que New Delhi soit en mesure de tenir tête à la volonté chinoise de contrôler par exemple les couloirs maritimes entre la Mer de Chine et l'Océan Indien.

L'Inde est une puissance nucléaire raisonnable : elle a fait exploser deux engins atomiques souterrains, mais a développé son arsenal nucléaire, comme arme de dissuasion, à la fois contre le Pakistan et la Chine. La France devrait donc soutenir l'adhésion de l'Inde au Club Nucléaire exclusif des Cinqs, le même que celui du Conseil de sécurité - les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine - au lieu de reléguer l'Inde comme « nation en possession d'armes nucléaires », au même niveau que la Corée du Nord et le Pakistan, deux déplorables dictatures.

Enfin, par rapport à la guerre russo-ukrainienne, l'Inde est sous pression des États-Unis ainsi que de la Grande-Bretagne, pour condamner ouvertement la Russie. Hors, l'Ukraine est un pays très éloigné de l'Inde, avec un peuple, dont la race, la religion et la culture sont étrangers aux Indiens, et avec lequel ses relations politiques et économiques sont minimes; alors que l'Inde possède une longue histoire avec la Russie, qui lui vend les armes, que les États-Unis et l'Europe lui ont souvent refusées, et achète aujourd'hui du pétrole russe pour ses besoins en énergie. Pour les Indiens, Joe Biden mène une guerre par procuration contre la Russie, utilisant l'Europe et l'OTAN, alors que le vrai ennemi reste la Chine. New Delhi remarque également que ce sont les fabricants d'armes américains, vendant des dizaines de milliers de drones, de smart bombs ou de mitraillettes au gouvernement des États-Unis, qui sont les principaux bénéficiaires de cette guerre. Le gouvernement indien s’étonne aussi que l’Europe, qui va subir de graves conséquences économiques de ce conflit sanglant et dramatique, ainsi qu’un remaniement drastique de ses cartes géographiques, ne se démarque pas plus des États-Unis. Pourquoi l'Inde devrait-elle s'en mêler ? M. Macron devrait le comprendre.

Sri Aurobindo, le Grand Sage indien qu’admiraient beaucoup Romain Rolland et André Malraux, disait toujours que la France était le pays qui lui tenait le plus à cœur - et non pas le Royaume-Uni, où il passa toute sa jeunesse. Il est vrai qu’il existe une connivence entre nos deux pays : toute l'Inde aurait même pu devenir française, si Louis XV n'avait pas rappelé le génial Dupleix, qui avait conquis Madras et dont l'armée était aux portes de Bombay. Depuis, il y a toujours eu un décalage entre les bonnes volontés de nos deux pays: lorsque l’Inde devint indépendante en 1947, nous traînâmes les pieds, et il fallut que Nehru menace d’envoyer ses tanks, pour que nous rendions enfin en 1954 Pondichéry et ses quatres autres minuscules comptoirs. Après cela, les Indianistes du CNRS, sponsorisés par l’État français, qui se mord ainsi la queue, ne cessent de ressasser dans nos journaux et nos télélvisions, ainsi que dans leurs livres, les mêmes clichés sur l'Inde - castes, pauvreté, bidonvilles, ou fondamentalisme hindou, ce qui est un absolu contresens, quand on sait que l’hindouisme est la seule religion au monde qui n’ait jamais envahi un pays pour imposer son crédo, comme l’ont fait l’islam et la chrétieneté, et que les hindous n’ont jamais essayé de convertir qui que ce soit, même pacifiquement, comme le bouddhisme.

Il est donc essentiel que nous changions notre regard sur l’Inde, un regard économique, considérant l’Inde comme une terre d'investissements fructueux à longue échéance; un regard géopolitique, l’Inde étant au croisement de l’Asie centrale et de l’Asie de l’est, seul pays qui puisse faire face à la fois au fondamentalisme islamique, venu du Pakistan, de l’Afghanistan, et même d’Indonésie, ainsi qu’à la tentative d’hégémonie chinoise, qui veut contrôler les mers et les terres, du Tibet, jusqu’aux pays d’Asie du sud (comme le Sri Lanka ou le Népal, qu’elle a endettés, afin de mieux les contrôler), et d’encercler ainsi le géant indien. Emmanuel Macron devra donc faire fi des promesses creuses et de traités sans grande portée, et montrer à l’Inde que l’amitié franco-indienne mérite un changement radical de la politique extérieure française.

François Gautier

Auteur d’une « Nouvelle Histoire de l’Inde » (Editions de l’Archipel)


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