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Les maharajas

Le terme ‘maharaja’ signifie « grand roi » et son épouse est appelée ‘maharani’. Les maharajas sont devenus de par le monde un symbole de la grandeur du faste indiens. Il existe, même aujourd’hui, une véritable fascination pour les maharajas et chaque année, de nombreux livres de photos, anciennes, ou récentes, sont publiés en Occident. Cette réputation est-elle justifiée ?

Les plus célèbres maharajas ont siège au Rajasthan, même si on en trouve dans l’Inde entière. Ils peuvent être hindous, musulmans (alors appelés nizâm), ou même sikhs. Mais leur histoire reste surtout mêlée à celle des Rajputs (ou Rajpoutes ou Rajputras) et elle repose sur les mythes et les légendes de ces clans de guerriers qui dominèrent le Nord de l’Inde entre le X° et le XII° siècle. Les Rajputs (traduisez « fils de rois »), créent de nouveaux états indépendants à la chute de l’empire Gupta (VI° siècle), formant le Rajputana (l’actuel Rajasthan). Cette caste de rois et de guerriers (les kshatriyas) qui se dit descendant des grandes figures de l’hindouisme comme Rama et se taille de grands royaumes, tel le clan des Kachwahas qui régnaient sur Amber et Jaipur ou celui des Sisodias à Udaipur.

Indépendants, les Rajputs, dont la terre se trouvait sur la route des envahisseurs, durent pourtant s’allier face aux attaques contre leurs royaumes médiévaux. Ils se forgèrent un code de conduite chevaleresque basé sur l’honneur et la loyauté et leur histoire est abondante en contes de bravoure, de courage suicidaire et de « sati » (immolation des femmes par le feu). Mais les Rajputs, individualistes, ne possédaient pas d’armée commune permanente et c’est par une organisation militaire supérieure que les musulmans Afghans ébranleront les états du Rajputana. S’ensuivent de nombreuses victoires musulmanes sur les chefs Rajput de l’Inde du Nord qui aboutiront en 1192 à un état puissant, le Sultanat de Delhi, lui même remplacé par l’Empire Moghol en 1526. Il faut le dire tout de suite, même si cela casse bien des mythes : la plupart des maharajas, collaborèrent d’abord avec les envahisseurs musulmans, puis avec les colons anglais, ce qui leur permit de conserver leurs royaumes intacts durant des siècles contre les envahisseurs musulmans et plus tard contre les occupants britanniques.

Réputés combattre jusqu’à la mort, les Rajput, malgré leur courage et leur bravoure (et à cause des guerres entre royaumes) ne peuvent empêcher la prise du Rajasthan par l’empereur Moghol Bâbur en 1527. Depuis Agra, sa capitale, l’empereur Akbar, petit fils de Babur, s’allie avec les Rajpoutes et épouse la princesse hindoue d’Amber (1562). En échange de ces soutiens, les princes Rajput accèdent au titre de Rajahs à la cour moghole et bénéficient de revenus princiers, d’où l’émergence, au Rajasthan, de somptueux palais d’architecture moghole. Mais l’empereur Aurangzeb, musulman fanatique, persécute Sikhs et Hindous et fait détruire des centaines de temples hindouistes au Rajasthan, incitant les Rajput à le combattre jusqu’à sa mort (en 1707). Celle ci marque le déclin de l’empire Moghol que mettront à profit les Rajpoutes pour reprendre leurs terres (et leurs guerres intestines).

Les Marathes, originaires de l’état central du Maharashtra et champions d’un nationalisme indien qui s’oppose à l’envahisseur musulman, cherchent à gagner le Rajasthan voisin obligeant les Maharajas Rajput à s’allier avec les Anglais puis à se soumettre.

D’ailleurs lorsque les Anglais affermissent leur contrôle sur l’Inde, les Maharajahs, dont les états passent sous protectorat de la Couronne Britannique en 1858, soutiennent les Anglais et en échange reçoivent titres et décorations et siègent à la « Chambre des Princes ». Mais lors de l’indépendance en 1947, ils sont contraints d’abandonner l’idée d’un état Rajput indépendant et opteront pour l’intégration dans l’Union Indienne à laquelle ils seront rattachés en 1949 au sein du Grand Rajasthan qui rassemble 22 états princiers. L’état du Rajasthan actuel est créé le 1er novembre 1956 après la réorganisation territoriale et linguistique des États de l'Union.

Éduqués et enrichis par la Couronne Britannique, les Maharajas abandonnent progressivement la gestion des affaires pour se consacrer à une vie dorée à base de fêtes fastueuses, de chasse au tigre et de parties de polo. On pourrait écrire un livre entier sur les caprices, les frasques et les excès incroyables des maharajas de l’empire britannique.

Les britanniques comprirent d’ailleurs très vite que les maharajas pouvaient devenir des instruments dociles de leur règne. Pour ce faire, ils leur enlevèrent tout pouvoir, mais leur conférèrent certains privilèges, tels un salut de canon, un rang à la cour d’Angleterre, et surtout le droit de lever des impôts pour satisfaire à leurs fantasmes, lesquels se feront souvent au détriment du peuple. Si les extravagances des maharajas depuis l’arrivée des britanniques jusqu’à l’indépendance en 1947, devaient faire l’objet d’un livre, elles choqueraient de nombreux esprits. Le maharajah de Bharatpur ne voyageait jamais sans sa statue de lord Krishna. Une place était toujours réservée pour le dieu. L’annonce publique dans les aéroports au travers le monde répétait souvent le même message : « Ceci est le dernier appel pour Monsieur Krishna, afin qu’il se présente à la porte d’embarquement…. »

Pendant ses banquets, le nawab de Rampur, connu pour son niveau de culture élevé, organisait des compétitions des jurons en penjâbi, ourdou et perse. Le nawab gagnait pratiquement toujours. Son record fut de passer plus de deux heures sans interruption, à proférer des jurons et des insultes, alors que son rival s’arrêta au bout de seulement quatre-vingt-dix minutes. Les maharajahs se jouaient des tours pour assembler leurs excentricités. Ils échangeaient des jeunes filles vierges, des perles, et des éléphants. Un jeune prince qui était à demi ruiné, parvint à mener une bonne affaire en vendant une douzaine de danseuses à un parsi millionnaire. Au dernier moment, il les échangea et mit trois vieilles femmes dans le lot, gardant les trois danseuses les plus jeunes et les plus nubiles pour lui-même.

Dans l’olympisme des extravagances, celles du nawab de junagadh, une petite ville au nord de mumbai, se tenaient hors des autres. Ce prince avait la passion des chiens, et en vint à en posséder cinq cents. Ses préférés étaient installés dans des appartements, avec électricité, et dans lesquels des domestiques s’en occupaient. Un vétérinaire anglais, spécialiste des chiens, gérait un hôpital exclusivement pour chiens. Ceux qui n’avaient pas la chance d’arriver en vie à l’hôpital avaient droit à des funérailles, accompagnées de la marche funèbre de Chopin.Il a également eu l’idée de célébrer le mariage de sa chienne avec son labrador préféré. Etaient invités princes,hauts dignitaires ; le chien était vêtu de soie et portait des bijoux en pierres précieuses

Plus les maharajahs étaient riches, plus ils étaient excentriques.Le maharaja rajendar singh avait droit à un salut de 17 coups de canons – Il montra de bonnes aptitudes pour le sexe et les amusements dès 11 ans/ Il apprit l’ourdou et l’anglais, avait des qualités pour le cricket et le polo, mais s’adonna à l’alcool et aux femmes. Il préfèrait la compagnie des chevaux, plutôt que les homme et Il fit de son équipe de polo (« les tigres ») la terreur de l’inde. Il fut cependant un pionnier en important la 1ere voiture en inde (de dion bouton) ; il fut le 1er indien à se marrier avec une européennes (anglaise). Son ami jagatjit fit construire un manoir à 100km de simla, station de montagne du musoorie ; il s’inspira des châteaux de la loire, meubla avec des antiquités françaises et des tapisseries des gobelin.. Ce fut le refuge de relations adultères entre aristocrates indiens et femmes européennes.

Il y eut des exceptions bien sûr : jusqu’à l’arrivée des anglais au 17è siècle, certains maharajas, tels celui de Baroda, ou le Nizam d’Hyderabad, continuèrent à jouer un rôle éclairé, tentant de moderniser des structures de leur royaume et d’y introduire un système d’éducation. Reconnaissons alors qu’il était un temps où les maharajas, remplissaient un rôle extrêmement important dans l’histoire de l’Inde. Si nous avons toujours pensé que le concept de la démocratie est né en Grèce, on n’en retrouve pas moins au siècle, l’idée des républiques. Comme le note l’historien français Guy Deleury, le père du Bouddha était un roi élu démocratiquement ; certains maharajas provenaient de basses castes, et il était possible de les détrôner…Par ailleurs, certains maharajas ont été se sont montrés courageux et sont entrés dans l’arène politique : Madhavarao Scindi favorisa l’indépendance, tandis que Karan Singh fut ministre des affaires étrangères, président du conseil des relations culturelles et ambassadeur pour l’Unesco.Enfin, leur envie de grandeur laisse place à un patrimoine colossal de palaces en Inde. Ainsi, c’est la face touristique qui se fait jour pour L’Inde et qui ne peut que nous motiver à la considérer plus dynamique qu’elle pourrait le paraître.

Lors des invasions mogholes, le seul maharaja qui s’y opposa, fut Maharana Pratap du royaume d’Udaipur qui combattit l’empereur Akbar ; il fut d’ailleurs le seul à le vaincre durant la bataille d’Haldighat. Tous les autres maharajas restèrent neutres ou même devinrent des vassaux des empereurs moghols. Ainsi, le meilleur général de l’empereur Aurangzeb fut un Rajpoute, Jai Singh, qui se battit contre Shivaji, un des héros de l’indépendance indienne contre les envahisseurs moghols – et faillit le battre. Il est important de comprendre que les maharajas, loin de préserver l’indépendance indienne, furent ceux qui offrirent leur pays sur un plateau, non seulement aux envahisseurs musulmans, mais aussi aux anglais.

A l’indépendance en 1947, une des tâches les plus difficiles du gouvernement indien fut de convaincre 565 familles princières, reliquats des concordats signés avec le Raj, l'empire des Britanniques, de se rallier à l’Inde indépendante. Nehru dut même quelques fois envoyer l’armée pour convaincre les plus récalcitrants, comme celui d’Hyderabad ou celui du Cachemire, Hari Singh, qui hésitait entre le Pakistan, L’Inde ou l’indépendance totale. On leur garda tout de même certains privilèges telle une bourse annuelle pour subvenir à leur plaisir. Et, en 1971, Indira Gandhi, Premier ministre de fer, a coupé les vivres à ce beau monde qui rappelait par trop les Indes impériales - une cinquantaine de maharajas dont les familles régnèrent sur un tiers de l'Inde.

Adieu, les privy purses, les larges prébendes versées par l'Etat, qui permettaient d'entretenir le parc des Rolls-Royce plaquées or, de pratiquer la chasse au tigre et de s'octroyer de temps à autre un diamant de la taille d'un oeuf de caille. A 26 ans, Madhavrao Scindia perdait une subvention de 1 million de roupies par an (160 000 francs).

Alors : que pensez-vous maintenant du véritable engouement chez nous et aux Etats-Unis pour les maharajas ? Ce qu’il faut souligner, c’est que non seulement ces personnages n’ont joué aucun rôle dans l’indépendance indienne - ils furent plutôt les vichystes des envahisseurs moghols puis anglais -, mais en plus, ils sont totalement insignifiants dans l’Inde du 20ème et du 21ème siècle. Ainsi, la plupart d’entre eux ont converti leur palais en hôtel et, si vous y dînez le soir, vous en verrez sûrement un qui viendra se présenter à votre table pour vous saluer !


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