Synopsis : l’Inde en cent mots

Synopsis : l’Inde en cent mots
A comme (le mythe) Aryen
Toute l’histoire de l’Inde repose sur la théorie de l’invasion des Aryens : à partir de l’an 2500 avant J.C., fleurit en Inde une civilisation que les uns ont appelé dravidienne, les autres harapienne. On en veut pour preuve les villes d’Harappa et de Mohenja-Daro, dont les ruines découvertes en 1921, étaient extrêmement sophistiquées pour leur époque. Puis, vers l’an 1500 avant J.C., une bande de nomades barbares en provenance d’Asie centrale, probablement du Caucase, aurait envahi l’Inde et s’empressa de détruire cette merveilleuse civilisation de la vallée de l’Indus. Ces « Aryens » auraient inventé le système des castes et jeté les bases de la religion hindoue. Mais de plus en plus de découvertes archéologiques (telles les photos satellite du lit de la Sarasvatî, grand fleuve védique qui s’est asséché vers 2500 B.C.) et linguistiques (possible décryptage des fameux sceaux de l’Indus) démontreraient qu’il n’y a probablement jamais eu d’invasion aryenne. Si c’est le cas, les Aryens seraient originaires de l’Inde, les Gitans seraient une branche de ces  Aryens descendue jusqu’à nous et Hitler n’aurait jamais dû concocter son mythe de la supériorité aryenne…

 

B comme Bureaucratie (ou Babus)

Nehru, le premier des leaders d l’Inde indépendante, était un grand fan de l’Union soviétique. Cette admiration engendra une Inde étatique, bureaucratisée et souvent corrompue, dont le gouvernement indien à l’aube du 21ème siècle a bien du mal à se débarrasser. Au pays de l’ordinateur – les Indiens sont aujourd’hui les meilleurs programmateurs informatiques du monde- il vous faut encore remplir votre demande de renouvellement de permis de conduire en cinq exemplaires ; changer de l’argent dans une banque indienne nationalisée (elles le furent toutes par Indira Gandhi), relève parfois d’un parcours de marathonien ; et le « babu », le clerc de troisième catégorie qu règne dans tous les ministères derrière des tonnes de paperasserie, est encore roi : sans bakchich, votre dossier a très peu de chance de parvenir jusqu’au ministre. On espère donc que la libéralisation économique, indispensable aujourd’hui face à la globalisation, ainsi que l’informatisation qui s’accélère, vont enfin débarrasser l’Inde de ces fléaux que sont les babus.

 

B comme Bangalore

Capitale de l’état du Karnataka, à mille mètres d’altitude), on l’appelle le plateau Silicon d’Asie, car tous les grands de l’informatique mondiale s’y sont implantés: IBM, Texas Instrument, Hewlet Packard, Siemens, Apple… L’industrie du logiciel est également très présente, car elle connaît ici une croissance de 50 % par an et l’Inde est devenue le deuxième exportateur du monde de programmes informatiques (3,3 milliards de dollars en 2000, une augmentation de 56%). Les technologies de l’information représentent 2% du produit intérieur brut, un taux que le gouvernement indien veut porter à 14% d’ici à 2008. Bangalore, c’est aussi la ville spatiale du sous-continent: on y construit par exemple les fusées qui ont fait de l’Inde un des futurs concurrents d’Ariane, telle la fusée ASLV D3, qui met régulièrement en orbite les satellites INSAAT, entièrement « Made in India ».  Autre porte drapeau de l’industrie aéronautique: le géant indien Hindustan Aeronautics Limited, 44000 employés, 250 milliards de chiffre d’affaire, qui a construit plus de 2000 avions en 50 ans, dont des Dornier et des Fokker sous licence. Pourtant comme la plupart d es grandes villes indiennes, Bangalore est devenue saturée et doit également faire face à un « brain drain » : 38% des ingénieurs informaticiens de Silicon Valley sont d’origine indienne

 

C comme Castes

Le système des castes reste l’élément le plus mal compris de la société hindoue. Le mot caste vient du portugais casta, qui veut dire pur, non mélangé, chaste. L’Indianiste français Guy Deleury souligne « que l’honnêteté et l’objectivité demandent que nous nous efforcions de comprendre son sens originel : dans l’Inde ancienne, les castes représentaient un système qui distribuait les fonctions au sein de la société, comme ce fut le cas des corps de métier dans l’Europe du Moyen Age. Mais le principe sur lequel était basé cette distribution est particulier à l’Inde. Un brahmane était un brahmane non pas par naissance, mais parce qu’il aspirait à préserver l’élévation spirituelle et intellectuelle de sa race. Un guerrier, kshatriya était un guerrier, non pas parce qu’il était né fils de roi ou de prince, mais parce qu’il avait l’ambition de protéger son pays. Ainsi en était il du vaishya, le marchand, dont la fonction, était d’enrichir sa famille, son village, sa race et du Shudra, le serviteur, le paysan,  qui remplissait des fonctions plus humbles mais sans qui aucune des trois autres castes n’aurait pu fonctionner ». Malheureusement, comme le note le philosophe indien Sri Aurobindo « le système des castes fut corrompu au fil des âges par l’égoïsme humain et la tendance spontanée des hommes à toujours exploiter l’autre » ; Ainsi l’arrogance, l’exclusivisme et le complexe de supériorité en sont venus à dominer le système, au lieu de l’esprit de devoir qui régnait auparavant. « C’est cette arrogance qui a affaibli l’Inde et a contribué à nous réduire à la condition présente», conclue Sri Aurobindo

 

C comme Curry

Encore un mirage : le curry n’existe pas !  C’est en fait un amalgame de différentes épices qui fut inventé par les Anglais. Il y a bien des feuilles de curry que les Indiens des villages font cuire avec leurs mets, mais on n’est jamais sûr de ce qui va dans la cuisson du bon vieux poulet au curry dont vous rêvez tous… Il est vrai cependant que les Indiens mettent du curry à toutes les sauces – même dans la cuisine chinoise et thaïlandaise, qui en Inde prennent des goûts très épicés ! Bien évidemment ; nous vous conseillons de  manger indien lorsque vous êtes en Inde. Evitez la nourriture occidentale (que les Indiens appellent “Continentale”), qui n’est jamais très bonne, même dans les palaces. Sachez cependant que si vous commandez une omelette dans un petit restaurant de village, il y aura plus de « chilis » (piments) que d’oignons, et que ce succulent « mutton curry » dans une « dhaba » (tea shop) du Pendjab sera si pimenté, qu’il vous faudra ingurgiter deux litres d’eau pour apaiser le feu dans votre palais. Demandez donc toujours « less hot » (moins épicé). Tout le monde comprendra !

 

F comme Femme

En Occident, on ne connaît souvent que le côté d’ombre de la femme indienne : la terrible coutume du « sati », qui voulait que la veuve se jette dans le bûcher funéraire de son mari – récemment, on a répertorié certains cas dans les campagnes arriérées du Rajasthan; ou bien le triste sort des femmes intouchables, qui aujourd’hui encore, dans certains villages, ne peuvent tirer de l’eau du même puits que leurs sœurs brahmanes… Mais qui sait donc qu’aucun pays au monde n’a accordé une place si primordiale à la femme, à tel point que la moitié des divinités hindoues sont féminines et que la terre de l’Inde elle-même est femme : « Mother India », la ’Mère Inde’ ? Durant toute l’histoire de l’Inde, la femme joua un rôle important – et même guerrier : la maharani de Jhansi opposa une résistance farouche aux Anglais et mourut les armes à la main ; plus près de nous, Phoolan Devi, la « Robin des Bois » de l’Inde moderne, tua une vingtaine de paysans thakurs (caste supérieure à la sienne) pour se venger d’avoir été violée. Une femme, Indira Gandhi, gouverna l’Inde d’une main de fer pendant vingt ans et on trouve aujourd’hui de nombreuses femmes en Inde à des postes clés : ministres, docteurs, avocats, chefs de panchayat (assemblées de village). Et généralement, même dans l’Inde rurale, la femme indienne joue un rôle beaucoup plus important que l’on ne le croie.

 

G comme Gange

Le plus sacré des grands fleuves indiens. Le Gange prend sa source à Gumukh sous un glacier à la frontière indo-chinoise, déboule dans les plaines, large, puissant, impétueux, à Haridwar, une des sept villes sacrées en Inde, arrose Benarès et Patna et se jette dans le Golfe du Bengale par un vaste delta couvert de rizières. Récemment, près de 80 millions d’hindous se sont baignés à Allahabad, où confluent le Gange, la Jamuna et la Sarasvati, qui s’est asséchée il y a plus de trois millénaires, mais dit-on, coule toujours souterraine. Malheureusement l’hindou, s’il adore le Gange, l’a également énormément pollué. Jusqu’ici, le Gange a tout accepté, tout assimilé; (c’est d’ailleurs miracle qu’il n’y ait jamais eu épidémie grave, et c’est un autre miracle inexplicable, que malgré les morts que l’on brûle, les immondices, les excréments, Bénarès soit une ville qui ne sente pas mauvais, même en plein été) ; mais le Gange ne va-t-il pas bientôt atteindre son ras-le-bol ? Le gouvernement indien, qui veut préserver ce merveilleux héritage, a bien compris qu’il fallait nettoyer son fleuve et a lancé un ambitieux programme d’épuration (avec l’aide d’une firme française). Mais c’était sans compter avec la bureaucratie indienne, le tamas (laissez-aller) et des habitudes millénaires de négligence.

 

G comme Gandhi

Incontournable. La moindre petite ville indienne a sa rue Gandhi, sa statue Gandhi, son musée Gandhi. La Mahatma (grande âme) Gandhi est né à Portbandar au Gujurat en 1893. Il fait des études d’avocat à Londres, puis émigre tôt en Afrique du sud, où il se heurte au racisme des Anglais. Jeté d’un wagon de Première Classe réservé aux Blancs, il prend la défense de la communauté indienne. De retour en Inde, il met en pratique sa tactique de l’ahimsa (philosophie non-violente) et obtient en 1947 l’indépendance de l’Inde. Cependant Gandhi ne fait pas toujours l’unanimité en Inde. Il était extrêmement rigide (Alexandra David Neel, déjà, rapporte dans son livre l’Inde où j’ai vécu, que le Mahtama « qui ne voyageait qu’en troisième classe, se montrait si strict à cet égard, qu’il lui arrivait de faire ajouter des wagons de troisième classe à des trains qui n’en comportaient pas, ou même de commander un train spécial formé uniquement de voitures de troisième classe pour lui et sa suite ») ; certains historiens estiment que l’absolutisme de sa non-violence aurait précipité la partition du sous-continent ; et même son rôle historique est quelquefois contesté : d’autres révolutionnaires, tel Tilak ou Sri Aurobindo lui avaient préparé le terrain. Et que reste-t-il de la non-violence gandhienne? L’Inde a dû mener quatre guerres depuis l’indépendance (trois avec le Pakistan, une avec la Chine), possède la deuxième armée du monde, vient de se doter de bombes atomiques et doit combattre des séparatismes armés au Cachemire et dans le nord-est.

 

I comme Indiscipline

Les Indiens, qui sont par ailleurs de gens adorables, serviables et extrêmement hospitaliers, sont sans doute le peuple le plus indiscipliné du monde. Ne vous énervez surtout pas lorsque vous avez fait la queue pendant vingt minutes devant un comptoir et qu’un Indien, l’air innocent, passe devant tout le monde. Les Indiens poussent, lorsqu’ils sortent dans un avion, d’un train ou d’un cinéma, ont très peu de sens civique, inondant l’Inde d’ordures et de plastiques et ne savent pas ce qu’est la charité : il n’est pas rare de voir un passant renversé par une voiture, rester longtemps sur la route, baignant sans son sang, avant que quelqu’un ne daigne s’arrêter; ils paniquent facilement, d’où des bousculades lors de processions religieuses, qui font régulièrement des centaines de morts. Enfin, les Indiens conduisent mal, dépassent en troisième file, ou dans les virages et rouler la nuit en Inde est un cauchemar, car personne ne s’avise de se mettre en code.

 

K comme Karma

On utilise aujourd’hui le mot karma à tort et à travers. Pour les hindous, toutes les actions, bonnes ou mauvaises, que nous commettons au cours de nos vies, portent automatiquement en elles une conséquence pour cette vie ou de prochaines vies. Mais il n’y a là aucune connotation morale, aucune notion de bien ou de mal; c’est tout simplement pour eux une logique mathématique et implacable. C’est ainsi que pour un hindou, il n’y a pas d’injustice: la souffrance de cette vie, peut être la conséquence d’un karma encouru dans une autre vie. Et le bonheur d’aujourd’hui résulte de bonnes actions accomplies dans un corps précédent. L’explication la plus cartésienne de ce concept se trouve dans les maladies, qui elles aussi incarnent une sorte de karma . Ainsi nous savons aujourd’hui que nos problèmes cardiaques proviennent d’un trop grand stress, ou d’une tendance coléreuse; et que le cancer peut résulter d’un tas de pressions émotives, d’une vie désordonnée et d’un mauvais équilibre nutritionnel. Et inversement, un corps en bonne santé à 60 ans est souvent la conséquence, la récompense si l’on pourrait dire, de 59 années d’une vie saine et équilibrée. Cette notion de karma est bien sûr intimement liée à la croyance que les hindous (et les bouddhistes) ont de la réincarnation :  l’âme, jiva, se réincarne de vie en vie, progressant vers la perfection divine à travers les joies et la souffrance – roi dans cette vie, mendiant dans une autre. Cette impression qu’ont les Indiens qu’ils ont non seulement toute la vie – mais toutes les vies devant eux – crée à la fois cette légendaire patience et ce sourire à toute épreuve, mais aussi une sorte de fatalisme qui fait qu’ils acceptent plus facilement que nous souffrances et circonstances adverses.

 

K comme Kerala

Le  Kerala, c’est tout en bas, à l’extrême pointe sud-est de l’Inde. Cette région enfermée à droite par la mer d’Oman et à gauche par les ghats occidentaux (montagnes), offre le summum du tourisme en Inde et vous y trouverez de tout. Des plages de rêve à Kovalam, ou Varkala : en bas d’une falaise, une mer transparente, du sable blanc, et des noix de coco et des papayes que l’on savoure sur place. Des temples : très tôt le Kerala et la Chine ont eu des contacts maritimes et les temples hindous du Kerala ont très certainement subi une influence chinoise, ce qui les rend tout à fait uniques : Trichur, ou bien le très beau temple d’Ayappa à Sabrimalai. De la faune : si vous habitez le petit palais sur l’île de Periyar (12 chambres seulement) vous pourrez observer le soir les éléphants qui viennent boire l’eau de ce lac artificiel et si vous avez de la chance, vous y rencontrerez même un tigre. Et puis, Il y a bien sûr les « backwaters » : le Kerala est sillonné de canaux d’eau douce (et de mer), au bord desquels on trouve de ravissants villages et des églises toutes mignonnes en stuc (20% de chrétiens au Kerala). Si vous voulez être aventurier, remontez vers le Nord du Kerala, moins connu et qui développe ses propres infrastructures touristiques. Vous y trouvez aussi des backwaters, des plages et vous pouvez même vous recueillir à Calicut, là où débarqua Vasco de Gamma il y a cinq siècles. Il y en a aussi pour toutes les bourses, des somptueux hôtels Taj à des petites cahutes sur la plage à 40 francs la nuit.

 

K comme Kalaripayat

Il était une fois, dans un petit royaume d’Inde du Sud (aujourd’hui dans l’état du Tamil Nadu), un prince qui s’appelait Boddidharma. Eduqué dans la plus stricte tradition bouddhiste, car le bouddhisme avait supplanté l’hindouisme à cette époque, il fut très tôt initié au Kalaripayat, art martial de L’Inde du sud antique et devint un des grands maîtres de son époque. Mais à 20 ans, au grand désespoir de son père, qui voulait lui léguer son trône, Boddidharma renonça à ses droits, prit l’habit de moine et décida d’aller évangéliser la Chine. Empruntant la Route de la Soie, le Prince arriva en Chine Centrale jusqu’au temple de Shaolin, un monastère bouddhiste qui avait été construit en 495 sur les ordres de l’Empereur Hsia-un. L’enseignement que le Boddhidarma prodigua alors aux moines de Shaolin allait changer à jamais la face du bouddhisme. Il simplifia les rites, élimina le besoin de textes sacrés et professa: “vous trouverez Bouddha en allant à l’intérieur de vous-même”. Cette nouvelle doctrine appelée Dhyana en Inde et C’han en Chine est aujourd’hui universellement connue sous le nom de bouddhisme Zen. Non content de révolutionner le bouddhisme, le Prince jeta aussi les bases de tous les futurs arts martiaux d’Asie, en inculquant aux moines les techniques à mains nues du Kalaripayat, ainsi que l’usage du bâton en bambou (lathi) et de l’épée (silambam). Ainsi naissait la Boxe de Shaolin, plus tard appelée Kung-fu et vulgarisée par Bruce Lee dans les années 70. Et lorsque le bouddhisme s’en alla à la conquête de Japon, il s’arrêta en route à Okinawa. Et là le Kalaripayat/Shaolin, se maria avec les techniques locales de combat pour se transformer en Karaté, l’art de la main nue… avant de prendre tout le reste du Japon d’assaut, grâce à la formule géniale du Boddidharma: pratique martiale = prière du corps. Aujourd’hui, le Kalaripayat, un extraordinaire art martial multidisciplinaire, subsiste encore dans les villages du Kerala. Mais dépêchez-vous : il est en train d’être supplanté par ses « enfants », le Karaté et le Kung-fu…

 

M comme Maharajas

Dans le temps, ces Princes indiens jouèrent un rôle extrêmement important en Inde. Ils étaient bien sûr chefs d’Etat, quelquefois élus démocratiquement, comme le père de Bouddha et gardiens du Dharma (devoir spirituel) ;  leur pouvoir n’était pas aussi absolu que l’on pense et il est arrivé qu’ils soient démis lorsqu’ils outrepassaient leurs fonctions. Le maharaja était aussi philanthrope : la plupart des grands temples hindous ont été construits grâce aux fonds généreusement alloués par des Princes en mal d’esthétisme. Ils remplissaient également un devoir de guerrier, kshatriya : les maharajas du Rajasthan, appelés Rajputs, opposèrent aux Musulmans une féroce résistance et leurs femmes, pour ne pas être en reste, se jetaient toutes ensemble dans un bûcher lorsque la bataille était perdue. Les Anglais comprirent donc vite qu’il fallait se mettre les maharajas dans la poche : on leur supprima tout pouvoir, mais en contrepartie, on leur donna de l’argent, beaucoup d’argent,  afin qu’ils puissent aller s’encanailler à Deauville et s’acheter autant de Rolls qu’ils le désiraient. Ces privilèges, appelés « purses » furent supprimés par Indira Gandhi dans les années 70 ; et aujourd’hui les maharajas ont perdu tout rôle significatif en Inde, malgré l’admiration éperdue que leurs vouent toujours les Américains (et les Européens). Les plus malins se sont reconvertis dans la politique, tel le maharaja de Gwalior, ou ont transformé leurs palais en hôtels de luxe ; dont certains, tel le Lake Palace d’Udaipur sont de véritables bijoux.

 

P comme Pranayama

Le pranayama, du Sanskrit prana = souffle, c’est la science de la respiration que les Indiens ont perfectionnée depuis quatre mille ans. Ils affirment par exemple que le prana circule dans tout le corps et que l’on peut respirer non seulement par le nez, par la bouche et même par le ventre, mais aussi à travers n’importe quelle partie de notre corps, faisant ainsi circuler le prana, l’énergie vitale, dans tout l’être physique. Ainsi, toujours d’après les Indiens, le prana pourrait revitaliser toutes ces parties de notre corps qui ne reçoivent  pas assez d’énergie et qui en conséquence s’affaiblissent et perdent de leur vigueur – le cœur, par exemple. Pour les hindous, le prana est partout :  dans l’air qui nous entoure, bien sûr, mais aussi dans les animaux,  le végétal, le minéral même. Les Indiens prétendent que grâce au pranayama, leurs yogis sont non seulement capables de maîtriser leurs émotions par le contrôle de la respiration, mais aussi de commander leur corps à volonté. C’est ainsi que l’on peut voir dans les Himalaya en hiver de nombreux sadhous qui se baignent dans les torrents glacés et que certains yogis affirment être capables de ralentir leur respiration jusqu’à un fils si ténu, que l’on peut croire qu’ils sont morts. Le film ” Le Grand Bleu “, a vulgarisé l’utilisation du pranayama pour les sportifs. Rappelez-vous comment le héros fait toute une série d’exercices respiratoires connus en Inde sous le nom de ” Viloma “, afin d’emmagasiner plus d’air dans ses poumons, avant de briser un record mondial d’apnée.

 

S comme Sanskrit

Il existe en Inde trente langues principales et plus de cinq cents dialectes et depuis son indépendance, le gouvernement indien n’a pas réussi à trouver un langage unifié. New Delhi a souvent tenté d’imposer le Hindi (langue du nord) au reste du pays, alors que seul 1/5ème de la nation le parle, mais sans succès (cela a même provoqué des émeutes au Tamil Nadu); quant à l’autre langage national, l’Anglais, il est ignoré par la plupart des villageois qui constituent 75% de la population indienne. Aujourd’hui, le gouvernement du Bharatiya Janata Party, au pouvoir, essaye de redonner un deuxième souffle au Sanskrit, l’une des plus vieilles langues au monde, la mère d’un grand nombre d’idiomes indo-européens, qui donna tant de racines à nos langues grecques ou latines. Le Sanskrit est une langue pratiquement morte, mais les puristes font remarquer que les Israéliens  ont réussi à faire revivre l’Hébreu et le parlent tous aujourd’hui, « pourquoi ne ferions-nous pas de même avec le Sanskrit, arguent-ils ? Cependant,  il faudrait débarrasser le Sanskrit de tous ses pédantismes, de toutes ses complications, l’alléger, revoir sa grammaire. Le Sanskrit pourrait être enseigné comme deuxième langue avec l’anglais et aiderait à unifier l’Inde.

 

V comme Vache (sacrée)

La vache sacrée est un mythe créé par Hergé. Seul le bœuf à bosse, Nandi, est aujourd’hui considéré sacré par les hindous – et encore c’est souvent sous forme de statues – comme celle de Nandi Hill à Mysore ou dans le fameux temple de Shiva à Thiruvanamalai. Il est vrai que dans les temps védiques, la vache représentait la sagesse et la connaissance – sans doute pour inculquer à l’Indien de cette époque lointaine le respect de ces animaux indispensables à la survie. Mais aujourd’hui la vache n’est plus sacrée et bien au contraire, cet animal est souvent maltraité et laissé à lui-même dans les rues des grandes villes, où il en est réduit à manger des bouts d’affiche, et quelquefois même des sacs en plastique. L’Inde possède le plus grand cheptel au monde, mais la vache indienne et sans doute une des moins productives : en moyenne trois litres de lait par jour pour une vache de village et contribue, avec les chèvres, à la défoliation du pays. La vache et également devenue un symbole de l’animosité entre hindous et musulmans : les musulmans sont de grands consommateurs de viande de bœuf (de vache plutôt, car les bœufs sont gardés pour les labours), surtout lors de certains de leurs festivals religieux ; par contre , les hindous, qui sont en majorité végétariens, voudraient imposer une interdiction de l’abattage de vaches, souvent fait par les musulmans dans des conditions effroyables. Ils sont soutenus en cela par de nombreuses stars hollywoodiennes et par le dalaï-lama.

 

* Suggestion : Peut-être l’Imprimerie d’Auroville pourrait-elle collaborer à ce livre (mise en page, film, croquis, illustrations), à coût moindre qu’en France ?

 

A Propos de L’Auteur

 

Ecrivain, journaliste et photographe français, François Gautier, né à Paris en 1950, fut le correspondant en Inde et en Asie du sud du Journal de Genève pendant quinze ans, puis du Figaro durant huit ans. Il est l’auteur « d’Un Autre Regard sur l’Inde » (1999, Editions du Tricorne), pour lequel il fut invité à Bouillon de Culture en mai dernier (le livre a été réédité deux fois depuis). Ecrivant également en Anglais, il a publié « Rewriting Indian History » (Vikas) et « Arise O India » (Har Anand, 2000, trois rééditions). Résidant en Inde depuis 31 ans et marié à une Indienne, François Gautier fait la navette entre New Delhi et la ville internationale d’Auroville, près de Pondichéry.

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