LE GOUVERNEMENT INDIEN EN SURSIS

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Inde. LE GOUVERNEMENT INDIEN EN SURSIS
Comme prévu, il y a eu un remaniement important du gouvernement de coalition du Congrès – qui est accusé de nombreux scandales de corruption, et reste tout de même à la merci d’un vote de confiance.

Un par un, les alliés désertent le gouvernement de Manmohan Singh, premier ministre indien. Ce sont les énormes scandales de corruption qui ont accéléré ces désertions. Le premier fut celui du 2G : un rapport officiel de novembre 2010, dévoila des irrégularités dans la vente de 122 licences de téléphonie mobile par le gouvernement deux ans plus tôt. Le ministre indien Télécom de l’époque, A. Raja, fut alors accusé d’avoir vendu les licences à un taux bien en dessous du marché, moyennant des pots de vin bien sûr, ce qui a fait perdre 40 milliards de dollars au trésor public, un rien. Ensuite, on a eu le droit au scandale des Jeux du Commonwealth, dont le président du comité organisateur, Suresh Kalmadi, favorisa, contre bakchichs, la candidature d’une entreprise suisse, Swiss Timings, pour l’achat d’équipements de pointage et de chronométrage, forçant le gouvernement à débourser une somme supplémentaire de 31 millions de dollars. Plus tard, il y eut ‘Coalgate’, les ventes sous-évaluées des bassins de charbons indiens, grâce à la collusion entre représentants de l’État et des entreprises privées, ce qui coûta plus de 33 milliards de dollars en revenus perdus au gouvernement.
Enfin, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est Robert Vadra, un petit entrepreneur sans grande envergure du nord de l’Inde, qui en 3 ans a multiplié sa fortune par 300 grâce au géant de l’immobilier DLF, qui lui a vendu des terrains très recherchés à des prix dérisoires. M. Vadra a également, grâce à des informations connues du seul gouvernement, acheté au Rajasthan pour une bouché de pain des terrains situés dans des zones ciblées pour un développement industriel futur, qu’il revendit ensuite à prix d’or.

Qu’u-y a t-il en commun dans tous ces scandales ? Toutes les pistes mènent à la famille Gandhi, à la tète de laquelle on trouve Sonia Gandhi, une Italienne naturalisée Indienne, veuve de Rajiv Gandhi. Mme Gandhi devint présidente du Congrès en 1998, et telle une éminence grise, décide de tout, alors qu’elle n’est pas premier ministre du pays. LE CBI, qui est le FBI indien, soupçonne qu’un pourcentage des pots de vin de l’affaire 2G ait été versé dans les coffres du Congrès ; Suresh Kalmadi est un haut dirigeant du Congrès, proche de Sonia Gandhi ; deux ministres du Congrès, Sriprakash Jaiswal et Naveen Jindal sont parmi les bénéficiaires des sous-évaluations des bassins miniers. Enfin, Robert Vadra est…. marié à la fille de Sonia Gandhi…

Heureusement depuis quelque temps, il y a une véritable aspiration en Inde à se débarrasser de ce fléau qui rend la vie de petites gens impossibles: dans cette nation où tout est subventionné, des bouteilles de gaz au kilo de riz, il faut toujours payer un bakchich à un fonctionnaire de bas rang pour obtenir les papiers nécessaires à ces subventions. Cette aspiration s’est d’abord incarnée en Anna Hazare, un militant gandhien de 75 ans qui jeûna contre la corruption pendant 12 jours en 2011 et mit pratiquement le gouvernement à genoux… Mais après avoir promis d’introduire au parlement une loi anticorruption, Manmohan Singh fit marche arrière. Aujourd’hui, c’est son lieutenant, Arvind Kejriwal, qui tel Don Quichotte, charge les moulins à vent de la corruption en Inde et a révélé le scandale Vadra.

Narendra Modi, l’adversaire de Mme Gandhi.
Pour l’instant, tous les yeux sont tournés vers le Gujarat, le seul état qui semble échapper à la crise, dirigé par Narendra Modi, récemment en couverture du Time magazine qui en quelques années a fait de son état du centre de l’Inde, le plus moderne, le plus industrialisé, et l’a débarrassé de la corruption et de la bureaucratie qui sont la plaie des investisseurs étrangers. C’est ainsi que le Gujarat, qui n’a que 5 pour cent de la population indienne, contribue à 16 pour cent de la production industrielle nationale. M. Modi est perçu comme le candidat le plus fort de l’opposition pour les élections générales, mais doit fait face en décembre à des élections régionales. « Si Narendra Modi gagne, souligne le magazine FirstPost, il se pourrait que se soit le signal d’une désertion générale des alliés du Congrès et que le gouvernement tombe avant la fin l’année, alors que les législatives ne sont prévues que pour mai 2014”.

C’est pour cela que Sonia Gandhi, qui souffre d’un cancer (voir article précédent) veut absolument introniser son fils Rahul le dernier de la dynastie, afin qu’il puisse devenir premier ministre de l’Inde. On s’attend donc à ce qu’il soit nommé “acting Congress President”, ce qui veut dire qu’il deviendrait l’homme le plus puissant de l’Inde, comme l’est sa mere à l’heure actuelle. Mme Gandhi parie sur l’innocence des masses rurales, constituant encore 80% de l’électorat, qui ne lisent pas les journaux de langue anglaise et pensent toujours que Rahul Gandhi est apparenté au Mahatama Gandhi, sur les voix des musulmans, et sur le fait que l’Inde est toujours revenue à la dynastie Gandhi.

En attendant, pour se gagner des voix, le Gouvernement a commencé à libéraliser son économie – ‘trop tard’ pour le magazine the Economist. On a ainsi enfin permis aux géants de la distribution Walmart, Tesco ou Carrefour, ainsi qu’aux compagnies aériennes étrangères, d’opérer sur le marché indien. D’autres mesures prévoient, entre autres, une hausse de 12% du tarif subventionné du gazole. Sonia Gandhi est d’ailleurs la reine des subventions : son dernier projet, qui s’appelle Aadhar, c’est de transférer électroniquement de l’argent aux plus pauvres. Ce projet bien intentionné, car il vise à éliminer les ‘middlemen’, ces petits bureaucrates et hommes politiques qui siphonnent 70% des fonds avant qu’ils n’arrivent aux pauvres, vide les caisses de l’Etat…

De New Delhi, FRANÇOIS GAUTIER (auteur de « Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie », Editions du Rocher 2012)

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